La libération de Khalifa Sall, intervenue le 29 septembre 2019 par grâce présidentielle, demeure l'un des moments les plus débattus de l'histoire politique récente du Sénégal. Entre « acte de clémence » pour l'unité nationale et « deal politique » froidement exécuté, l'opinion reste divisée.
Les enjeux de cet événement: Libération de Khalifa Sall : Grâce ou Deal Politique ? Le dimanche 29 septembre 2019, les portes de la prison de Rebeuss s’ouvraient pour Khalifa Ababacar Sall. Après plus de deux ans de détention dans l'affaire de la « Caisse d'avance » de la mairie de Dakar, l'ancien édile retrouvait la liberté suite à un décret de remise totale de peine signé par le président Macky Sall. Mais derrière l'émotion des retrouvailles, une question brûle toutes les lèvres : s'agit-il d'un véritable geste humanitaire ou d'une manœuvre politique de haute facture ? 1. L'exigence de l'apaisement : Pour le palais de la République, cette libération s'inscrivait dans le cadre du Dialogue National. Après une élection présidentielle tendue en 2019, Macky Sall affirmait vouloir « décrisper » l'espace politique. Le rôle des régulateurs sociaux : La libération est intervenue seulement deux jours après une poignée de mains historique entre Macky Sall et Abdoulaye Wade lors de l'inauguration de la Mosquée Massalikoul Djinane, sous l'égide du Khalife général des Mourides. La demande de grâce : Bien que Khalifa Sall ait toujours refusé de demander la grâce (estimant que cela vaudrait reconnaissance de culpabilité), ses avocats et des dignitaires religieux auraient mené des démarches de médiation pour "libérer l'homme sans humilier l'institution". 2. Le calcul de la neutralisation : Pour de nombreux observateurs, la libération de Khalifa Sall n'était pas un acte gratuit. Plusieurs indices pointent vers une stratégie politique calculée : Une éligibilité sacrifiée : La grâce présidentielle efface la peine de prison, mais pas la condamnation pénale. En libérant Khalifa Sall sans amnistie immédiate à l'époque, le pouvoir maintenait son inéligibilité. Il était libre, mais politiquement neutralisé pour les échéances à venir. Le "Package" avec Karim Wade : Comme l'avait suggéré l'analyste Cheikh Yérim Seck, le sort de Khalifa Sall semblait lié à celui de Karim Wade. Libérer le premier permettait de légitimer la recherche d'une solution pour le second, facilitant ainsi un rapprochement avec le PDS (Parti Démocratique Sénégalais). Fragmenter l'opposition : En réintégrant Khalifa Sall dans le jeu social tout en limitant ses droits politiques, le régime aurait cherché à diviser les forces de l'opposition, alors en pleine recomposition autour de nouvelles figures comme Ousmane Sonko. 3. Un tournant pour la démocratie sénégalaise ? Qu'il y ait eu « deal » ou non, cette libération a marqué la fin d'un cycle judiciaire qui avait terni l'image du Sénégal à l'international (notamment après l'arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO jugeant le procès inéquitable). Si la libération de Khalifa Sall a permis de faire baisser la tension politique en 2019, elle n'a pas soldé le contentieux de fond. Ce n'est que bien plus tard, à travers les réformes du Code électoral issues du dialogue de 2023, que la question de son éligibilité a finalement été traitée, confirmant que le temps de la justice et celui de la politique sont, au Sénégal, intimement liés.
Les enjeux de cet événement: Libération de Khalifa Sall : Grâce ou Deal Politique ? Le dimanche 29 septembre 2019, les portes de la prison de Rebeuss s’ouvraient pour Khalifa Ababacar Sall. Après plus de deux ans de détention dans l'affaire de la « Caisse d'avance » de la mairie de Dakar, l'ancien édile retrouvait la liberté suite à un décret de remise totale de peine signé par le président Macky Sall. Mais derrière l'émotion des retrouvailles, une question brûle toutes les lèvres : s'agit-il d'un véritable geste humanitaire ou d'une manœuvre politique de haute facture ? 1. L'exigence de l'apaisement : Pour le palais de la République, cette libération s'inscrivait dans le cadre du Dialogue National. Après une élection présidentielle tendue en 2019, Macky Sall affirmait vouloir « décrisper » l'espace politique. Le rôle des régulateurs sociaux : La libération est intervenue seulement deux jours après une poignée de mains historique entre Macky Sall et Abdoulaye Wade lors de l'inauguration de la Mosquée Massalikoul Djinane, sous l'égide du Khalife général des Mourides. La demande de grâce : Bien que Khalifa Sall ait toujours refusé de demander la grâce (estimant que cela vaudrait reconnaissance de culpabilité), ses avocats et des dignitaires religieux auraient mené des démarches de médiation pour "libérer l'homme sans humilier l'institution". 2. Le calcul de la neutralisation : Pour de nombreux observateurs, la libération de Khalifa Sall n'était pas un acte gratuit. Plusieurs indices pointent vers une stratégie politique calculée : Une éligibilité sacrifiée : La grâce présidentielle efface la peine de prison, mais pas la condamnation pénale. En libérant Khalifa Sall sans amnistie immédiate à l'époque, le pouvoir maintenait son inéligibilité. Il était libre, mais politiquement neutralisé pour les échéances à venir. Le "Package" avec Karim Wade : Comme l'avait suggéré l'analyste Cheikh Yérim Seck, le sort de Khalifa Sall semblait lié à celui de Karim Wade. Libérer le premier permettait de légitimer la recherche d'une solution pour le second, facilitant ainsi un rapprochement avec le PDS (Parti Démocratique Sénégalais). Fragmenter l'opposition : En réintégrant Khalifa Sall dans le jeu social tout en limitant ses droits politiques, le régime aurait cherché à diviser les forces de l'opposition, alors en pleine recomposition autour de nouvelles figures comme Ousmane Sonko. 3. Un tournant pour la démocratie sénégalaise ? Qu'il y ait eu « deal » ou non, cette libération a marqué la fin d'un cycle judiciaire qui avait terni l'image du Sénégal à l'international (notamment après l'arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO jugeant le procès inéquitable). Si la libération de Khalifa Sall a permis de faire baisser la tension politique en 2019, elle n'a pas soldé le contentieux de fond. Ce n'est que bien plus tard, à travers les réformes du Code électoral issues du dialogue de 2023, que la question de son éligibilité a finalement été traitée, confirmant que le temps de la justice et celui de la politique sont, au Sénégal, intimement liés.
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